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 Il aura suffi d’une robe, en couverture du Elle le 12 décembre 1968, pour hisser en pleine lumière l’étoile d’un couturier qui enchantait  la nuit.  Une robe impertinente montée sur des  anneaux en bois. Sa griffe va devenir légendaire : Loris Azzaro. 

 
Adolescent, en Tunisie,  il  dessine déjà des tenues pour sa mère.  Il s’enivre de soleil, d’insouciance, de lignes pures, de couleurs sans mélange.  Il  s’imagine  à la fois architecte, artiste, fomenteur de beauté. Un rêve qu’il abandonne, au début des années soixante, lorsqu’il devient professeur de lettres, puis retrouve, grâce à sa femme  alors  mannequin, quand il lui fabrique des bijoux fantaisie à la place des joyaux qu’elle convoite en vitrine. On lui en commande d’autres. Dans la foulée, il imagine des sacs en perles et d’éclatants mini-tops en lurex. A Saint-Tropez, espiègle antichambre de la renommée,  ses créations séduisent  Brigitte Bardot. De la Côte d’Azur à Paris, il n’y a qu’un pas qu’il  franchit avec cette inconscience frondeuse qui va toujours de paire avec le talent : en 1967, il ouvre sa maison.  Au salon du Prêt-à-porter, organisé au Grand Hôtel,  il présente sous sa griffe huit tenues spectaculaires.  L’arrêt de mort de la petite robe sage vient d’être signé !  Son ange exterminateur affirme qu’il veut « faire des robes que les femmes mettent et que les hommes leur arrachent. » ! 
 
Les nuits seventies deviennent désormais plus éclatantes que le jour. La séduction retrouve son aura fatale, comme aux grandes heures de Hollywood, un glamour années 30 enfiévré par l’hédonisme d’une époque qui interdit d’interdire. Loris Azzaro impose ses jerseys de soie ruisselant langoureusement sur les hanches, ses drapés enchanteurs. Il invente la maille en lurex et chaînettes,  ainsi que la Robe Trois anneaux, future icône de la maison.  Même faste dans sa vie quotidienne qui l’est si peu : arrivées fracassantes en Rolls décapotable…, appartements au luxe inouï pour de somptueuses soirées drainant toute la jet set... Où qu’il soit et quoiqu’il fasse, Loris Azzaro étonne!  
 
En 1971, le transfert de sa maison de couture au  65 rue du Faubourg Saint Honoré attire aussitôt les plus belles femmes du moment : Romy Schneider, Sophia Loren, Claudia Cardinale, Raquel Welch, Michèle Morgan, Marisa Berenson et Dalida deviennent des habituées, ainsi que Tina Turner qu’il habille aussi à la scène. Que trouvent-elles en lui ? Un ennemi des contraintes,  un couturier qui déteste la mode et vénère le style. Un complice qui sait comme personne les embellir en soulignant ce qu’elles ont de plus singulier. « Quand une femme a trouvé son style, elle devrait s’y tenir. On n‘est pas belle par hasard. On oublie trop souvent que c’est la robe qui doit servir la femme et non le contraire.  »  déclare-t-il.